On a de tout avec de l’argent, hormis (…) des citoyens.Jean-Luc Mélenchon, le 14 janvier 2012, d’après Jean-Jacques Rousseau
Le froid nous glaçait samedi soir lors de notre arrivée à l’entrée du Zénith sur le point d’être transformé pour une soirée en un hémicycle de la classe ouvrière, venue en masse écouter le discours de ses dirigeants. Devant nous, un spectacle inouï de drapeaux rouges, flanqués de faucilles et de marteaux nostalgiques d’un autre siècle, estampillés des sigles PCF, CGT, JC ou encore Parti de Gauche, venait donner un air de gaité à ces files humaines d’ouvriers, de syndicalistes et de salariés.
Les tambours officiels du Front de Gauche donnaient à l’attente un petit gout de manifestation, de cortège, de défilés derrière des banderoles. Puis, peu avant 18h, nous avançons enfin et pénétrons dans le Zénith qui avait revêtu pour l’occasion une sobre scène cramoisie, deux fauteuils vermillon brillant et d’un éclairage écarlate du plus bel effet. Le ton de la soirée était donné, elle sera … rouge !Des hauteurs des gradins s’offrent à nos yeux l’arène déjà pleine des 6000 militants et sympathisants et de centaines de drapeaux flottants et tournoyants…
Discrètement, nous nous installons dans les hauteurs des gradins, d’où s’offrent à nos yeux l’arène déjà pleine et les centaines de drapeaux flottants et tournoyants. Un peu pétrifiés, subjugués même, par tant d’énergie et de détermination. Loin des commentateurs nous annonçant sa mort, la classe ouvrière était bien présente à perte de vue, ressuscitée en nombre, je peux vous l’affirmer, puisque le chiffre de 6000 militants et sympathisants a été avancé. C’est dans cette ambiance euphorique que grimpe alors sur la scène une chauffeuse de salle et entreprend de faire encore monter la chaleur, en lançant quelques acclamations et autres injonctions. Elle nous annonce que le programme du Front de Gauche pour les présidentielles va être pédagogique, qu’il va passer par l’explication, que l’on va faire appel à notre intelligence et sur ce nous lance … trois dessins animés ! Je n’avais pas pressenti ainsi l’utilisation de mon intellect.
Le premier de ces vidéos didactiques est fortement inspiré du coup de crayon Shadock, nous expliquant la DETTE, qui, pour faire court, est à un tiers normal, et aux deux tiers restants causée par les RICHES. Le deuxième dessin animé nous explique que le Front de Gauche et le Front National c’est tout, sauf la même chose ! Et enfin, la troisième vidéo tente de nous vendre la dernière bonne idée du parti : la rédaction d’une nouvelle constitution par une Assemblée Constituante élue à la proportionnelle …
Puis vient enfin le moment de l’arrivée de nos orateurs, avec en tête Patrick Le Hyaric, Rédacteur en chef de L’Humanité et député européen, suivi de Martine Billard, coprésidente du Parti de Gauche et bien sûr de Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de Gauche à l’élection présidentielle.
Les deux premiers orateurs s’essayent à faire frissonner ce chaudron, par quelques envolées lyriques, quelques appels à la lutte et à la résistance. Puis, avant que le grand tribun rejoigne à son tour la scène du Zénith de Nantes, on nous présente le soutien d’une Guest Star de premier choix : Anémone. Quelle stupeur de m’apercevoir que celle qui a reçu le césar de la meilleur actrice dans le Grand Chemin l’année de ma naissance, arrive à déclencher tant d’enthousiasme par l’appui qu’elle apporte à Jean Luc Mélenchon.
Enfin, celui que tous attendent, celui qui a brillé jeudi à la télévision par quelques adroites pirouettes, celui qui redonne à l’art oratoire quelques lettres de noblesse en politique, celui qui représentera le Front de Gauche cette année, se hisse sur scène dans un tourbillon de drapeaux venant rougir un peu plus l’arène politique. Seuls quatre drapeaux tricolores isolés nous rappellent que ce meeting s’inscrit dans le cadre de l’élection à la Présidence de la République. Je l’avoue, j’ai vibré. Quand avec tant de talents et tant de finesse, on manie la langue française et que l’on vient réveiller l’âme Républicaine, la gloire du peuple français et bien tout l’auditoire vibre. Mais je vous assure que l’on se refroidit la seconde qui suit quand ceux-ci riment avec « emprunt forcé », « planification écologique », « SMIC à 1700 euros » ou « Assemblée Constituante ». Une grande partie du discours de Monsieur Mélenchon est consacrée, comme un des trois dessins animés, à se démarquer de l’autre Front, le National, tout en cherchant sans cesse à ramener vers lui des brebis égarées séduites par un son de cloche si proche du sien, celui de Marine Le Pen.
Le candidat du Front de Gauche, qui appelle les ouvriers à ne pas être des moutons devant l’asservissement productif, devant la finance et le commerce, engage paradoxalement ses troupes à voter comme un seul homme : en élisant le candidat de leur classe. L’individu n’existe donc plus, il se résume à sa condition si l’on poursuit le raisonnement de Jean-Luc Mélenchon.
J’ai ressenti un profond décalage entre le discours de leur leader et les milliers de militants présents : les mots sonnent, les pirouettes s’enchainent, l’humour fonctionne et l’égo patriotique se gonfle, mais quand le mot de révolution est prononcé, pour les uns elle est citoyenne, pour les autres elle est ouvrière. Quand le cri de guerre de « Résistance » est lancé, pour les uns cela rappelle la lutte contre l’anti-républicanisme que je partage, pour les autres elle n’est synonyme que de lutte contre la société actuelle, contre le Capitalisme, et contre l’ennemi du siècle dernier : le Bourgeois !Il s’instaure un profond décalage entre le discours du leader et celui des troupes.
Jean-Luc Mélenchon se réfère à un hymne qui selon lui nous partageons tous: « Ami, si tu tombes, un ami sort de l’ombre à ta place. » Je pense cependant que pour la plupart des personnes présentes l’Internationale est leur hymne de résistance, plutôt que le Chant des Partisans. Cette idée n’en est que renforcée quand, à la fin de ce meeting, l’assemblée se lève pour entonner ce chant de lutte, ce chant du combat social, ce chant qui fut l’hymne de l’URSS jusqu’en 1944. Pour ma part, c’était une grande première de voir et d’entendre cette démonstration de force au rythme d’un air d’un autre temps et de d’autres luttes. La Marseillaise, une des seules référence qui pourrait nous unir est finalement chantée, mais dans la salle, l’engouement n’est pas le même que pour l’Internationale…



